Le développement
Le développement communautaire dans le cadre de l'EFAS
(École de formation d'animateurs sociaux)
(École de formation d'animateurs sociaux)
Point de Vue (qui en vaut un autre)
( Daniel Auvertin avril 2006.)
(Ce texte aussi date d'une dizaine d'années, la notion de "communauté", qui était centrale dans la démarche de notre école, est devenue de plus en plus suspecte, au risque du "communautarisme" et de son exploitation par certains courants politiques de droite ou d'extrême droite. Je pense là aussi qu'il doit être réécrit, mais je tiens à le présenter tel-quel pour l'instant, il peut dans l'immédiat relancer un débat qui me semble important, dans une société de plus en plus individualiste. La question de départ avait été posée, là aussi par la direction de l'Efas de l'époque)
( Daniel Auvertin avril 2006.)
(Ce texte aussi date d'une dizaine d'années, la notion de "communauté", qui était centrale dans la démarche de notre école, est devenue de plus en plus suspecte, au risque du "communautarisme" et de son exploitation par certains courants politiques de droite ou d'extrême droite. Je pense là aussi qu'il doit être réécrit, mais je tiens à le présenter tel-quel pour l'instant, il peut dans l'immédiat relancer un débat qui me semble important, dans une société de plus en plus individualiste. La question de départ avait été posée, là aussi par la direction de l'Efas de l'époque)
Pourquoi croit-on au développement communautaire ?
• La question est mal posée , il ne s'agit pas de croire ou de ne pas croire au développement communautaire mais d'identifier en quoi cette démarche est pertinente actuellement dans notre société, dans une période de changement social et économique accéléré, ce quelle peut apporter et ses limites. Le développement communautaire n'est en tous cas pas une recette à tout faire, sinon il serait généralisé depuis longtemps dans nos société, hors ce n'est pas le cas et cela ne sera jamais. De quoi parle t'on ? •
Le développement communautaire repose sur deux concepts comme son nom l'indique :
-Le développement
-La communauté.
-La communauté.
• Le développement :
Faire croître, donner de l'ampleur. •
La communauté :
Groupe social dont les membres vivent ensemble ou ont des intérêts communs. (Définitions du Robert de poche) En fait le développement communautaire, l'action communautaire, le travail social de communauté, etc…recouvrent des pratiques et des idéologies très différentes mais qui ont pour point commun de reposer sur le principe que toute politique de développement doit reposer sur une mobilisation du groupe concerné et de ses propres ressources.
Le développement, notion très occidentale, à l'origine, étant parfois conçu comme étant avant tout économique, mais souvent englobant toute les dimensions de la vie humaine : culture, loisir, santé etc.
La communauté elle, n'est pas une notion propre à l'occident, mais elle est très développée dans les pays anglo-saxons ou la tradition protestante a favorisée son épanouissement, ce qui n'est pas le cas dans les pays latins de tradition catholique. Voir aussi le poids de la tradition républicaine depuis 1789, la relation citoyen-Etat n'a supporté que difficilement les représentations intermédiaires (corporations et syndicats, églises et associations, structures visant d'autres formes de participation démocratique, en dehors des élections politiques).
La communauté est supposée :
-Existante, et le but du développement est de la mobiliser en fonction des objectifs poursuivis.
-Inexistante ou démobilisée, bloquée, dissociée et le but est , dans un premier temps de la créer, de la recréer, de la redynamiser, de développer sa confiance en elle-même, son pouvoir d'acteur.
-Inexistante ou démobilisée, bloquée, dissociée et le but est , dans un premier temps de la créer, de la recréer, de la redynamiser, de développer sa confiance en elle-même, son pouvoir d'acteur.
Origines et fondements du développement communautaire
• Ce qu'on appelle "développement communautaire" à plusieurs origines, ce qui explique à la fois la richesse et l'ambiguïté de cette notion. Cette approche du développement est apparue, en plusieurs lieux, à des périodes différentes, pour des raisons sensiblement différentes et parfois antagonistes.
Le développement communautaire a souvent été présenté comme une alternative :
-A un capitalisme libéral qui trouve son fondement dans l'individu, sa capacité d'initiative et sa responsabilité personnelle. Ce type de régime ayant tendance, au nom de l'individualisme, à développer les inégalités.
-Ou à un marxisme dont la légitimité repose dans l'Etat qui est le moteur du développement.
Ce type de régime, présenté comme déniant toute responsabilité aux individus, étant perçu comme attentatoire aux libertés et , mal suprême, inefficace économiquement.
-Ou à un marxisme dont la légitimité repose dans l'Etat qui est le moteur du développement.
Ce type de régime, présenté comme déniant toute responsabilité aux individus, étant perçu comme attentatoire aux libertés et , mal suprême, inefficace économiquement.
En fait le développement communautaire est apparu à la fois dans les sociétés occidentales, en particulier Anglo-saxonne, protestante et libérale (Angleterre, Etats-Unis, Canada) comme un moyen de gérer les pauvres et les populations marginalisées, laissées pour compte par le développement économique capitaliste (c'est l'origine de nos Centres Sociaux.).
Le développement communautaire descendant
Il a été utilisé par les pouvoirs publics (Britanniques, avant tout), dans les pays décolonisés ou en voie de décolonisation (dans les années 50) comme contre feu à la monté des courants révolutionnaires (en Afrique, en Asie, en Inde en particulier). L'Etat utilisant dans ce cas les stratégies de mobilisation de la population dans le cadre de ses objectifs propres. L'initiative de la mise en place des stratégies de développement venant dans ces cas là des groupes dominants ou des pouvoirs publics en fonction de leurs intérêts propres.
Cette problématique du développement communautaire descendant, porté par les pouvoirs publics et les organisations non gouvernementale, patronnée par les grandes institutions internationales (OMS, UNESCO, etc) que l'on retrouve dans beaucoup de pays en voie de développement ou nouveau pays développés, a inspiré en grande partie les politiques de développement social mise en place en France depuis la fin des années 70, début des années 80.
Le but du développement communautaire dans ce cas étant de faire participer la population, de l'impliquer dans des projets dont l'origine lui est extérieure tout en lui laissant une marge de manoeuvre plus ou moins grande pour infléchir ou adapter ces projets.
La méthode du développement communautaire consiste à orienter les forces vives des populations locales vers les objectifs économiques et sociaux souhaités (par les pouvoirs publics), à accroître leur bien-être par la coopération.
Il repose sur un consensus à obtenir de tous les acteurs concerné, pouvoirs publics, ONG et population elle-même.
Le développement communautaire ascendant
Mais il a pu servir dans d'autres cas dans ces mêmes pays, comme moyens, pour les groupes opprimés, que ce soit dans le cadre de la colonisation ou dans le cadre des sociétés développées, comme moyen de résister à l'oppresseur, de prendre en charge leur propre avenir, (luttes anticoloniales menée par Gandhi, luttes des communautés indiennes ou noires d'Amérique Latine (Paulo Freire), luttes urbaines aux Etats-Unis (Alinsky à Chicago), au Canada, en France même) On parlera dans ce cas de développement communautaire ascendant.
Cette forme d'intervention prendra souvent la forme d'actions de type conflictuel, le conflit n'étant pas une fin en soi, mais le moyen de souder le groupe
Le développement communautaire en France
Si la notion de communauté, de développement communautaire est très répandue dans le monde, la France se singularise par son approche spécifique du développement et de l'intégration des populations dans le pays qui ne reconnaît pas de légitimité spécifique aux communautés, qui s'en méfie même profondément.
La tradition française :
Le concept de communauté n'était pas étranger dans la France de l'ancien régime. Celles-ci sous le contrôle de l'Etat et de l'Eglise organisaient tous les aspects de la vie quotidienne, groupes de métiers, groupes d'âge, groupes religieux, de territoire, etc. Il faut aller chercher la philosophie du modèle français dans l'héritage laissé par la Révolution de 1789 qui va introduire une rupture fondamentale avec l'organisation sociale précédente. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est une prétention du droit français à l'universalité. Elle repose sur l'individu et non sur le groupe : c'est l'égalité de tous les individus devant la loi qui est fondatrice du pacte politique de la société issue de 1789.
Les différents types de communautés sont perçus comme un écran, un obstacle, à cette égalité proclamée. L'une des mesures que prendra la révolution sera la loi Lechapelier qui dissout toutes les corporations L'unité française s'est donc réalisée sur la destruction et la négation des communautés préexistantes. Tous les moyens seront pris pour uniformiser le citoyen français, au niveau de la loi, de la langue, des poids et mesure, de l'orthographe, du costume, des modes de vie, etc.
Cela sera le travail de l'ensemble des institutions et en particulier de l'école pendant plus d'un siècle, l'animation y a aussi apporté sa contribution.
Voilà pourquoi les regroupements fondés sur l'origine ethnique, nationale, religieuse ont depuis été difficilement admis dans l'Hexagone. (cf Paroles de Chirac le 3/3/97 : "La France ne deviendra jamais une mosaïque de communautés" (citation à vérifier). Le Royaume-Uni, en revanche, est une nation fédérale puisqu'il regroupe les diverses nations des îles Britanniques par une commune allégeance à la Couronne.
Dès lors, il apparaît d'autant plus naturel de reconnaître les « communautés » musulmane ou pakistanaise que les identités collectives anglaise, irlandaise, écossaise ou galloise continuent d'être vivantes : en Grande-Bretagne, les musulmans réclament d'être reconnus comme une minorité dotée de droits spécifiques, d'une représentation parlementaire, revendication impossible en France, où les enfants d'immigrés qui obtiennent le statut de citoyens sont censés être «assimilés ».
Ce modèle "assimilateur" a d'autant plus de force et de légitimité qu'il a très bien fonctionné depuis le siècle dernier, que ce soit en terme de cohésion nationale, culturelle, politique et même sociale. Dans le cadre du développement économique, social, culturel, cela se traduira par une place prépondérante de l'Etat, qui bien plus que dans d'autre pays sera le moteur du changement, grâce à tout un ensemble d'institutions (sécurité sociale, aide sociale, animation socioculturelle, etc) qui couvriront progressivement tous les aspects de la vie quotidienne .
Ce dispositif mis en place par l'Etat, en particulier depuis les années 50, et qui couvre tous les aspects de la vie quotidienne trouvera cependant ses limites dans le courant des années 70 devant la montée de la globalisation et des transformations économiques accélérées qui vont atteindre notre pays.
La montée du chômage, de l'exclusion , de la précarité et de la marginalisation de populations de plus en plus nombreuses va amener les pouvoirs publics à chercher des solutions dans les pratiques d'autres pays, et en particulier dans les stratégies de développement communautaire portée par les organisations internationales. Par ailleurs l'élévation du niveau de formation générale, l'amélioration de la situation économique, du statut social de couches de plus en plus nombreuses de la population vont développer les aspirations à une plus grande autonomie de décision par rapport au pouvoirs publics en particulier chez les couches moyennes de la population. De plus en plus de gens veulent devenir acteurs des décisions qui les concernent.
Ces personnes, souvent de gauche, vont s'inspirer de l'autogestion en Yougoslavie qui est à la mode à l'époque, mais aussi des stratégies mises en place par Saul Alinsky aux Etats-Unis ou Paulo Freire en Amérique Latine.
Face à ces aspirations à une plus grande reconnaissance, des travailleurs ou des citoyens, les gouvernements de droite d'abord et de gauche ensuite vont développer le concept de participation. La conjoncture de ces deux types de phénomènes entraînera, en fin des années 70 et au début des années 80, la mise en place de politiques inspirée plus ou moins par les différents courants du développement communautaire : développement social des quartiers, promotion de la santé, insertion, prévention de la délinquance, etc…
Sans être du développement communautaire au sens strict, ces dispositifs vont promouvoir des démarches globales, partenariales, associant plus ou moins les populations, les publics, les personnes concernées au processus de décision et de mise en oeuvre des politiques. Depuis ces dispositifs ont été reconduits d'année en année, avec plus ou moins de réticences ou d'enthousiasme, mais compte tenu de la complexité de leur mise en oeuvre, ils deviennent de moins en moins transparents et maîtrisables par les habitants eux-mêmes.
Quelles sont les limites du développement communautaire ?
•Pour comprendre les limites de la démarche, il faut se rendre compte que le développement communautaire a été préconisé en France à un moment où la crise, sinon économique, du moins sociale, achevait de détruire tout les restes de solidarités traditionnelles de voisinage, qui avaient pu échapper à l'Etat pendant la période d’expansion économique.
Les mesures prises au nom de la lutte contre le chômage, parfois sous un emballage communautaire, ont souvent elles-mêmes contribué à déstabiliser ces solidarités en les faisant basculer dans le système commercial (emploi de proximité en particulier)
Le développement communautaire ou ses succédanés français ne s'adresse qu'aux pauvres ou aux marginaux, les gens considérés comme normaux et bien intégrés ne font pas l'objet de telle sollicitations et ont parfaitement le droit d'être de plus en plus individualistes. •Par ailleurs si la notion de communauté a connu un certain succès au début des années 80, face aux évolutions internationales, à la montée des intégrismes religieux, à la peur de l'Islam, elle est depuis redevenus suspecte aussi bien à gauche, qu'à droite. Il y a en effet un consensus dans la classe politique qui s'est fait ces dernières années pour exiger des immigrés, entre autre, un respect des institutions républicaines, qui n'est qu'un retour à l'assimilation individuelle, excluant toute approche communautaire.
L'affaire du voile islamique est une illustration parfaite de ce processus.
• Lorsque les communautés existent en France, ce qui est assez rare actuellement, elles créent chez nos responsables un effet de panique : Récemment, un parlementaire de la majorité actuelle, M. Henri Cuq, député RPR, remettait au premier ministre un rapport sur la situation des foyers de travailleurs immigrés, où ceux-ci étaient accusés d'y reconstituer par ethnie des "villages communautaires", d'organiser des "systèmes d'économie parallèle" comportant en particulier des activités artisanales, des fournitures de repas ou de vêtements à bas prix, des lits et loyers à bon marché". Principales mesures préconisées, outre la destruction d'un certain nombre de foyers: l'exclusion de toute activité informelle, le renforcement des contrôles (gardiennage, sas, caméras...), le développement des centres de rétention administrative pour accélérer l'expulsion "systématique" des résidents en situation irrégulière. Ces mesures actuellement en cours, sont aussi bien l'oeuvre de municipalité de droite que de gauche, le point de vue des deux courants de pensée étant , sur cet objet, très proche.
• L'Efas a été, à l'origine, à la pointe de l'implantation de ce courant en France, mais a suivi en même temps les évolutions contradictoires de notre société, en s'adaptant à la demande des pouvoirs publics. Même si ce courant d'intervention à perdu de sa nouveauté, de son effet de mode et ne semble plus avoir le même degré de priorité pour les pouvoirs publics ; il me semble effectivement important de remettre à plat nos logiques d'intervention dans ce domaines et notre discours, qui sont parfois contradictoires. En conclusion • Les inégalités sociales et l'exclusion font des progrès de plus en plus importants. Notre société n'est pas réellement en crise économique, les richesses ne cessent de se développer, mais vit une crise de son contrat social. Le compromis qui la fondait et plaçait l'Etat comme arbitre a été remis en cause, sans que nous mettons en place de nouveaux modes de régulation. • L'individualisme, le chacun pour soi est actuellement l'idéologie dominante de notre société.
Cet individualisme se traduit par un discours économique aussi totalitaire que pouvait l'être les discours reprochés au marxistes encore récemment. • Une école n'a pas pour moi la légitimité à elle seule de refonder ou de tenter de refonder un nouveau compromis social. Elle ne peut avoir un impact dans ce domaine qu'en s'appuyant sur un certain nombre de courants en lutte actuellement pour développer de nouvelles alternatives, au risque parfois de se couper d'une partie des politiques et des institutionnels qui ne comprendrait pas la démarche.
Daniel Auvertin, le 5 mars 1997.

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