Educ pop
Éducation populaire (définition, et perspective)
Itinéraire et questionnement d’un éduqué populaire perplexe.
(vision personnelle, certainement subjective, mais sans prétentions)
(Daniel Auvertin, avril 2006)
(Ce texte n'est pas récent, je dois l'avoir écrit il y a 10 ans, à la demande de la direction de l'Efas de l'époque, qui n'en a publié que la deuxième partie, la première lui semblant trop critique ou anecdotique.
En me relisant je pense qu'il garde un certain intérêt dans la conjoncture actuelle, même si sur certains point il mériterait d'être réécrit, ce à quoi je vai m'atteler )
Jeune, j’ai participé comme bénévole à l’animation d’une MJC, par la suite j’ai été directeur pendant plusieurs années d’un Foyer de jeunes et d’éducation populaire (FJEP).
Ma formation de base d’animateur professionnel par des militants de la Ligue de l’enseignement et de Peuple et Culture faisait référence en permanence à cet histoire et à ce concept ou ce thème de l’Éducation populaire, comme à celle du mouvement ouvrier (merci Bénigno).
Officiellement nous préparions le DECEP, Diplôme d’État de Conseiller en Éducation Populaire, diplôme qui disparaîtra au profit du CAPASE , puis du DEFA.
Cette vision de l’éducation populaire tournait encore beaucoup autour de la lutte qui avait opposé républicains et cléricaux sur le contrôle de la société française au siècle dernier.
Les héros étant des instituteurs, ou des curés, les animateurs n’étant que les derniers venus.
Cependant, cette formation ayant lieu en 1968, dans le milieu de la Ligue du moins, ce concept sera de moins en moins utilisé au profit de l’Animation Socioculturelle.
La bonne vieille Éducation populaire semblant un peu vieillote dans une période d’expension économique ou nous bâtissions un monde nouveau en rupture avec ce passé autoritaire et peu démocratique dont nous n’étions pas encore sorti.
Était suspect le mot “Éducation” pour son relent de transmission descendante, par son rapport à l’”Autorité” et à la “Culture” à révérer de loin (voir Bachelard) .
Cela sentait la blouse grise, la rentrée de récréation en rang et en silence.
Les méthodes non-directives étaient à la mode. Le concept d’animation , encore tout nouveau, tout frais, nous semblait plein de promesses d’avenirs radieux non directif (merci O.Neil et Illych).
Était suspect, moins fortement cependant le mot populaire, compte-tenu de son flou, car il ne désignait pas dans nos esprits spécifiquement une classe sociale engagé dans une lutte pour son émancipation, mais un ensemble indifférencié de type pétainiste, niant souvent les antagonismes de classe au profit d’un lyrisme universaliste, colonialiste et impérialiste (la mission civilisatrice de la France en direction des masses populaires comme des ex-colonie devenues tiers-monde).
Le mot populaire avait alors dans la bouche de beaucoup de nos interlocuteurs une petite connotation de mépris et de vulgarité. Nous étions certainement d’affreux jojos, mais pas si méchants que cela car nous avons continué assez longtemps, malgré les changements de modes, à utiliser ce concept d’éducation populaire, les deux mots accolés gardant des connotations positives : le Front populaire, les congés payés, etc., mais renvoyaient franchement au passé, respectable certes, mais au passé.
Certains mouvements, comme les MJC, n’ont pas cessés d’y faire référence.
L'animation socioculturelle
Nous, de “ chef “ dans le cadre de l’éducation populaire, nous étions devenu “ animateurs” avec pour missions de créer du lien social et d’aider les groupes à se prendre en charge eux-mêmes et élaborer leurs propres projet. Même si le discours est moins militant que dans la période précédente, ou militant différemment car s’adressant prioritairement (même si cela n’est pas dit, c’est un fait ) aux classes moyennes, les adhérents, les usagers bientôt, sont encore au coeur du projet des associations dont ils sont d’ailleurs les animateurs bénévoles, le professionnel souvent unique, n’étant là que pour faciliter la vie à cette participation souvent spontanée.
Entre deux, le Socioculturel lui-même est devenu ringard. Il évoque la problématique de la société des loisirs, du “Formica” et du “Zupage”. Il aussi évoque l’animateur se baladant avec son trousseau de clefs, enseignant “Jeux interdits” à la guitare, les danses folkloriques, et animant l’activité émaux sur cuivre, le ciné-club et l’atelier sérigraphie (la mode est monstrueuse, elle vous casse tous vos repaires, cependant j’ai encore entendu Jeux Interdits récemment à la guitare, nostalgie, quant tu nous tiens!), ou, pour les dames la cuisine, le tricot, le club féminin, la peinture sur soie ou la gymnastique volontaire. En effet , dès le milieu des années 70, et surtout depuis les années 80 , face à la montée de la précarité et à la dégradation de l’utopie urbaine concoctée par nos géniaux urbaniste (Lecorbusier…merci !) l’État a recentré toute sa commande sur la prévention de la délinquance et la gestion de l’exclusion .
L’Animation Sociale, le développement communautaire vont donc prendre le pas sur l’Animation Socioculturelle, (au moins dans nos milieu, c’est la raison d’être de l’EFAS à son origine). Ces démarches sont encore militantes à l’époque, elles partent d’une vision autogestionnaire de la société, elles donneront naissance et seront supplantés par le Développement Social et ses variantes de plus en plus institutionnalisées.
D’animateur nous étions, virtuellement ou prosaïquement promus “agent de développement” ou même , au gloire, “chef” de “ projet “, pour le coup, mais chef.
L’exclusion aidant, dans le cadre de beaucoup d’actions, les concepts utilisés sont devenus par ailleurs ceux de l’action sociale et du suivi individuel, qui étaient étrangers à nos pratiques. Je pense en analysant les activités en cours, actuellement dans beaucoup d’équipement, que les ruptures n’ont pas été aussi brutales que cela , elle se sont faites progressivement et les activités proposées n’ont dans l’ensemble que très peu changé, on les a souvent rebaptisées (l’économie sociale et familiale est devenu école de consommateurs, le tricot , la couture, la cuisine, activité d’insertion par l’économique) .
Cependant, entre deux, ce qui à le plus changé c’est le rapport au public, qui dans beaucoup de cas est considéré actuellement comme composé d’exclus à insérer, ou de futurs délinquants à prévenir (y compris les bébé dans l'immédiat).
Même si la problématique de la citoyenneté est à la mode, la relation inégalitaire avec le public n’a jamais été aussi forte. On joue toujours au Foot avec les jeunes, mais le sports , la musique, le théâtre se doivent d’être avant des moyens d’insertion ou de prévention de la délinquance, le plaisir à lui seul n’étant pas un bon argument.
Cette perception du public est souvent devenu négative, les jeunes en particulier étant évalués en terme de risque qu’ils font courir à la société.
Il n’y a actuellement en France plus de politique de la jeunesse, mais on lui a substitué une politique de "prévention de la délinquance".
Ce qui à changé aussi c’est la place de ce qu’on appelait les militants, les bénévoles, dans le cadre de la gestion de la précarité on leur a souvent substitué des emplois précaires (gisements d’emplois oblige).
Cette “professionnalisation précaire” a souvent fragilisé les équipements qui vivent à coups de TUC,CES, Emplois Jeunes ou de Stages, au rythme du renouvellement ou du non renouvellement des contrats.
Si ces courants ont traversés et traversent encore la société française, nous avons senti ces derniers temps, face, peut-être à l’impuissance des politiques actuelles, une résurgence de la référence à l’”Éducation populaire”, dans les colloques, dans les allocutions d’élus ou de candidats.
Référence suspecte parfois, après un si long silence, car étant liées au regret “du manque d’éducation du peuple “ qui a perdu les bonnes références, à l’autorité, à la loi, qui faisaient de bon citoyens, capables de tuer ou de se faire tuer sans se poser de questions.
Je caricature encore en disant cela, mais il devenait intéressant de revisiter ce concept pour voir en quoi il pourrait être encore actuel.
Il existe beaucoup de livres sur l’éducation populaire, en termes historiques, mais très peu en donnent une définition précise et surtout actuelle, la plupart se contente d’en décrire l’évolution et les activités .
A l’occasion d’un travail réflexion de la Ligue de l’enseignement Michel Tricot donnait dans son livre : de l’instruction publique à l’éducation permanente, Tema-éditions 1973, la définition suivante de l’éducation populaire :
Ma formation de base d’animateur professionnel par des militants de la Ligue de l’enseignement et de Peuple et Culture faisait référence en permanence à cet histoire et à ce concept ou ce thème de l’Éducation populaire, comme à celle du mouvement ouvrier (merci Bénigno).
Officiellement nous préparions le DECEP, Diplôme d’État de Conseiller en Éducation Populaire, diplôme qui disparaîtra au profit du CAPASE , puis du DEFA.
Cette vision de l’éducation populaire tournait encore beaucoup autour de la lutte qui avait opposé républicains et cléricaux sur le contrôle de la société française au siècle dernier.
Les héros étant des instituteurs, ou des curés, les animateurs n’étant que les derniers venus.
Cependant, cette formation ayant lieu en 1968, dans le milieu de la Ligue du moins, ce concept sera de moins en moins utilisé au profit de l’Animation Socioculturelle.
La bonne vieille Éducation populaire semblant un peu vieillote dans une période d’expension économique ou nous bâtissions un monde nouveau en rupture avec ce passé autoritaire et peu démocratique dont nous n’étions pas encore sorti.
Était suspect le mot “Éducation” pour son relent de transmission descendante, par son rapport à l’”Autorité” et à la “Culture” à révérer de loin (voir Bachelard) .
Cela sentait la blouse grise, la rentrée de récréation en rang et en silence.
Les méthodes non-directives étaient à la mode. Le concept d’animation , encore tout nouveau, tout frais, nous semblait plein de promesses d’avenirs radieux non directif (merci O.Neil et Illych).
Était suspect, moins fortement cependant le mot populaire, compte-tenu de son flou, car il ne désignait pas dans nos esprits spécifiquement une classe sociale engagé dans une lutte pour son émancipation, mais un ensemble indifférencié de type pétainiste, niant souvent les antagonismes de classe au profit d’un lyrisme universaliste, colonialiste et impérialiste (la mission civilisatrice de la France en direction des masses populaires comme des ex-colonie devenues tiers-monde).
Le mot populaire avait alors dans la bouche de beaucoup de nos interlocuteurs une petite connotation de mépris et de vulgarité. Nous étions certainement d’affreux jojos, mais pas si méchants que cela car nous avons continué assez longtemps, malgré les changements de modes, à utiliser ce concept d’éducation populaire, les deux mots accolés gardant des connotations positives : le Front populaire, les congés payés, etc., mais renvoyaient franchement au passé, respectable certes, mais au passé.
Certains mouvements, comme les MJC, n’ont pas cessés d’y faire référence.
L'animation socioculturelle
Nous, de “ chef “ dans le cadre de l’éducation populaire, nous étions devenu “ animateurs” avec pour missions de créer du lien social et d’aider les groupes à se prendre en charge eux-mêmes et élaborer leurs propres projet. Même si le discours est moins militant que dans la période précédente, ou militant différemment car s’adressant prioritairement (même si cela n’est pas dit, c’est un fait ) aux classes moyennes, les adhérents, les usagers bientôt, sont encore au coeur du projet des associations dont ils sont d’ailleurs les animateurs bénévoles, le professionnel souvent unique, n’étant là que pour faciliter la vie à cette participation souvent spontanée.
Entre deux, le Socioculturel lui-même est devenu ringard. Il évoque la problématique de la société des loisirs, du “Formica” et du “Zupage”. Il aussi évoque l’animateur se baladant avec son trousseau de clefs, enseignant “Jeux interdits” à la guitare, les danses folkloriques, et animant l’activité émaux sur cuivre, le ciné-club et l’atelier sérigraphie (la mode est monstrueuse, elle vous casse tous vos repaires, cependant j’ai encore entendu Jeux Interdits récemment à la guitare, nostalgie, quant tu nous tiens!), ou, pour les dames la cuisine, le tricot, le club féminin, la peinture sur soie ou la gymnastique volontaire. En effet , dès le milieu des années 70, et surtout depuis les années 80 , face à la montée de la précarité et à la dégradation de l’utopie urbaine concoctée par nos géniaux urbaniste (Lecorbusier…merci !) l’État a recentré toute sa commande sur la prévention de la délinquance et la gestion de l’exclusion .
L’Animation Sociale, le développement communautaire vont donc prendre le pas sur l’Animation Socioculturelle, (au moins dans nos milieu, c’est la raison d’être de l’EFAS à son origine). Ces démarches sont encore militantes à l’époque, elles partent d’une vision autogestionnaire de la société, elles donneront naissance et seront supplantés par le Développement Social et ses variantes de plus en plus institutionnalisées.
D’animateur nous étions, virtuellement ou prosaïquement promus “agent de développement” ou même , au gloire, “chef” de “ projet “, pour le coup, mais chef.
L’exclusion aidant, dans le cadre de beaucoup d’actions, les concepts utilisés sont devenus par ailleurs ceux de l’action sociale et du suivi individuel, qui étaient étrangers à nos pratiques. Je pense en analysant les activités en cours, actuellement dans beaucoup d’équipement, que les ruptures n’ont pas été aussi brutales que cela , elle se sont faites progressivement et les activités proposées n’ont dans l’ensemble que très peu changé, on les a souvent rebaptisées (l’économie sociale et familiale est devenu école de consommateurs, le tricot , la couture, la cuisine, activité d’insertion par l’économique) .
Cependant, entre deux, ce qui à le plus changé c’est le rapport au public, qui dans beaucoup de cas est considéré actuellement comme composé d’exclus à insérer, ou de futurs délinquants à prévenir (y compris les bébé dans l'immédiat).
Même si la problématique de la citoyenneté est à la mode, la relation inégalitaire avec le public n’a jamais été aussi forte. On joue toujours au Foot avec les jeunes, mais le sports , la musique, le théâtre se doivent d’être avant des moyens d’insertion ou de prévention de la délinquance, le plaisir à lui seul n’étant pas un bon argument.
Cette perception du public est souvent devenu négative, les jeunes en particulier étant évalués en terme de risque qu’ils font courir à la société.
Il n’y a actuellement en France plus de politique de la jeunesse, mais on lui a substitué une politique de "prévention de la délinquance".
Ce qui à changé aussi c’est la place de ce qu’on appelait les militants, les bénévoles, dans le cadre de la gestion de la précarité on leur a souvent substitué des emplois précaires (gisements d’emplois oblige).
Cette “professionnalisation précaire” a souvent fragilisé les équipements qui vivent à coups de TUC,CES, Emplois Jeunes ou de Stages, au rythme du renouvellement ou du non renouvellement des contrats.
Si ces courants ont traversés et traversent encore la société française, nous avons senti ces derniers temps, face, peut-être à l’impuissance des politiques actuelles, une résurgence de la référence à l’”Éducation populaire”, dans les colloques, dans les allocutions d’élus ou de candidats.
Référence suspecte parfois, après un si long silence, car étant liées au regret “du manque d’éducation du peuple “ qui a perdu les bonnes références, à l’autorité, à la loi, qui faisaient de bon citoyens, capables de tuer ou de se faire tuer sans se poser de questions.
Je caricature encore en disant cela, mais il devenait intéressant de revisiter ce concept pour voir en quoi il pourrait être encore actuel.
Il existe beaucoup de livres sur l’éducation populaire, en termes historiques, mais très peu en donnent une définition précise et surtout actuelle, la plupart se contente d’en décrire l’évolution et les activités .
A l’occasion d’un travail réflexion de la Ligue de l’enseignement Michel Tricot donnait dans son livre : de l’instruction publique à l’éducation permanente, Tema-éditions 1973, la définition suivante de l’éducation populaire :
“ L'éducation populaire s'adresse aux individus de tous les âges, puisqu'elle se propose de permettre à chacun de développer toutes ses possibilités, d'acquérir une personnalité solide, permettant de faire face aux situations nouvelles quelles qu'elles soient. Elle doit favoriser la compréhension des évolutions, aider les individus à s'y adapter sans les subir. Elle intéresse le travailleur qui veut progresser, l’homme et la femme qui entendent améliorer l’équilibre du couple qu'ils constituent, mieux assurer l'avenir de leurs enfants, ne point gaspiller les temps de loisirs. Elle a pour rôle enfin de préparer des citoyens libres et solidaires, sur lesquels la persuasion clandestine de la propagande ou de la publicité n'aura pas prise, qui, gardant l'esprit critique nécessaire, seront en mesure de choisir les formes personnelles de l'indispensable engagement civique.”
On retrouve des ingrédients encore valables actuellement, bien qu’à cette époque la société dans son ensemble part de présupposés optimistes sur l’avenir, ce qui n’est généralement plus le cas actuellement.
La Fédération Française des MJC, dans le rapport moral de son assemblée générale de mai 96, proposait les définitions suivantes, :
“Les réponses apportées par le gouvernement et les collectivités territoriales impliquent souvent qu'ils doivent s'adresser à des structures déjà existantes, d'où la sollicitation des associations sur le terrain, parmi lesquelles les MJC. Le non-réglement des problèmes sociaux nous engage davantage dans l'action sociale; les pouvoirs publics tendent à assimiler l'action des MJC au seul social. Il y a là un dévoiement de l'éducation populaire. Cela crée une ambiguïté fondamentale car en demandant aux MJC d'être des spécialistes permanents de l'action sociale, on les prive d'un axe de travail prioritaire qui est l'éducation populaire. Là où l'action sociale est une forme de réponse à l'urgence à court terme, nous affirmons que l'éducation populaire est une pratique pédagogique qui s'inscrit dans un projet qui relève d'un choix politique et qui s'inscrit dans le long terme. C'est ce projet, sa légitimité, sa mise en oeuvre démocratique qui fait l'essentiel, la raison d'être des MJC : éducation, démocratie et citoyenneté”.
Dans ce cas précis, l’éducation populaire est conçues comme par opposition à l’action sociale qui est définie comme la gestion de l’urgence et la posture des MJC me semble très défensive. On peu constater en effet que, au delà de discours sur l’avenir, d’une politique contractuelle à moyen terme (3 ou 5 ans) qui se généralise, on n’a jamais travaillés autant dans l’urgence, sans projet de société et sans perspective d’avenir. En conclusion (qui n’en est pas une) Il n’y a pas eu un, mais des courants à l’origine de l’éducation populaire. (Catho, protestant, laïc, ouvrier, etc.)
Tous, pour diverses raisons, n’ont pas utilisé le mot, (culture et liberté parlait de culture populaire), même s’ils étaient parfois très proches dans leurs pratiques.
Son développement s’est appuyé sur des mouvements sociaux, souvent antagonistes, mais aussi convergents. Elle reposait sur des individus venus des classes supérieures, mais aussi sur des élites venues des milieux populaires.
L’émergence de l’éducation populaire s’est faite, au siècle dernier, dans une société fondamentalement inégalitaire, comme nécessité économique et politique d’une part, dans le but d’adapter la population aux évolutions en cours, comme revendication à une plus grande dignité d’autre part.
Elle a donc été le lieu de conflits, de clivages, de luttes pour le pouvoir, pour le contrôle des populations (cléricaux /anticléricaux, capitalistes/socialistes, etc.)
Mais, au delà des divergences, elle était aussi sous-tendue par une vision généralement optimiste de l’homme, de l’avenir. Il était possible de construire une société meilleure, même si l’on était pas toujours d’accord sur la société à construire.
Ces luttes entre différentes tendances ont eu même le mérite de diversifier l’offres et de multiplier les initiatives. Le savoir, la connaissance, la culture, étaient perçus comme libérateurs, facteurs d’émancipation individuelle et collective. Le partage de ce savoir comme une exigence de construction d’une société plus juste, plus égalitaire et plus démocratique. Les contenus, les moyens à mobiliser, les actions à mettre en oeuvre étaient clairement identifiés, le livre en fut à l’origine le principal support.
L’éducation populaire sût cependant s’adapter aux évolutions de la société et s’approprier le cinéma, l’audiovisuel, la télévision même, dès leur naissance au profit de son projet. La société actuelle a abandonné ce projet, car ce ne fut jamais qu’un projet, d’égalisation des chances au profit d’une réhabilitation du chacun pour soi. La grande vague libérale, tout en s’enrobant d’équité, semble avoir détruit toute capacité de proposer une alternative crédible à ce modèle . La culture, le savoir sont des marchandises dont la possession permet de renforcer le pouvoir individuel, et la solidarité, parfois, une petite cerise sur le gâteau de l’indifférence, objet elle aussi de commerce et de profits.
Les professionnel de l’animation et du travail social sont avant tout amené à gérer l’exclusion (pour la rendre plus supportable ?). Il n’y plus de mouvement social actuellement, réellement porteur d’un projet d’avenir.
Ceux qui prétendent réformer la société sont en train de régresser vers une vision de la société courante au siècle dernier, chez ceux qui se voulaient les élites de l’époque. Au non de la chasse aux gisements d’emplois on fabrique une société de serviteurs précarisés et sans droits. L’autre aspect du paradoxe c’est que l’on a jamais été aussi près de la société utopique dont nous rêvions. Les gains de productivité, la capacité de l’homme à maîtriser son environnement, tout en se maîtrisant lui-même n’ont jamais été aussi grands.
L’humanité à la possibilité de passer d’un développement quantitatif, assez destructeur pour notre avenir, à un développement qualitatif, "durable", respectueux de notre environnement. En utilisant bien les moyens de productions actuelles l’homme peut être libéré des tâches les plus pénibles, accéder au temps libre. Il peut ainsi utiliser le temps libéré pour accéder à la formation, la culture au sens large, au développement personnel.
La mondialisation , elle-même, qui sert d’excuse à la précarisation de populations entières, peut aussi créer de nouvelles solidarités entre les peuples, faciliter de nouvelles découvertes, l’émergence de nouveaux moyens de communication pouvant faciliter ce processus.
Cependant ces opportunités mises au service d’une infime minorité mondiale se traduisent en aggravation de la précarité pour le plus grand nombre. La crise actuelle n’est pas une crise économique, il n’y a jamais eu autant de richesses créées, en particulier dans notre pays, mais une crise du contrat social qui sous-tendait notre société, il n’y jamais eu autant d’exclus dans un pays aussi riche.
L’éducation populaire ou son équivalent ( le nom n’est pas important à ce stade), les mouvements qui s’y référent sont-ils capable de trouver de nouvelles réponses à ces enjeux, qui dépassent largement notre pays ?

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