Médiation, médiateur
Médiation, médiateur
Ce texte a été écrit à l'occasion de la création des "emplois jeunes", mesure qui avait multiplié la nombre de postes portant ce type d'intitulé. Postes dont une grande partie est disparue avec la fin de la mesure.
Le gouvernement actuel proposant de relancer ce type de démarche, il serait intéressant de s'interroger sur sa pertinence et sur ce qu'elle peut bien signifier dans notre société actuelle.
I - Si l'on en croit quelques vieux dictionnaires
1 - Médiation :
Action de s'interposer
Entremise
Action d'un intermédiaire chargé de faciliter la communication, l'accord ou la compréhension (lexique des sciences sociales)
Entremise destinée à produire un accord, un arbitrage : offrir une médiation. Procédure du droit international public ou du droit du travail qui propose une solution aux parties en litige sans la leur imposer comme dans l’arbitrage. (Petit Larousse illustré)
Intervention visant à régler un différent , un conflit entre deux ou plusieurs parties; par ext. procédure de conciliation internationale ou administrative.
2 - Médiateur :
Intermédiaire, arbitre, conciliateur, négociateur.
Qui s’entremet pour amener un accord
Qui sert d’intermédiaire entre deux personnes, deux groupes, entre deux processus
Personne ou institution qui se charge d’une médiation : Médiateur de la république. : en France, autorité indépendante chargée de régler les différents entre l’Etat et les citoyens
II - La "Médiation", les "Médiateurs" sont à la mode
Tous les jours, dans la presse écrite ou à la télévision on nous présente des expériences diverses sous cette étiquette.
Comme beaucoup de mots utilisés dans le domaine de l'animation ou du développement social, le terme de médiation ou de médiateur recouvre de multiples réalités. À court terme, la nécessité de justifier la création de nouveaux postes, (emplois jeunes) tend à provoquer une utilisation abusive de celui-ci.
Les effets de mode viennent souvent brouiller les concepts et on ne sait plus trop qu'elle est la réalité qui se cache derrière ceux-ci.
En effet les mots de :
• médiateur pour désigner la personne;
• ou de médiation pour désigner la démarche;
sont donc utilisés pour décrire :
1 - Des pratiques très institutionnelles comme celle du Médiateur de la République, d'un juge dans une Maison de justice, d'une notabilité d'un prestige reconnu, désignée officiellement par les pouvoirs publics dans le cadre de conflits du travail (Air France), ou sociaux au sens plus général (régularisation des immigrés clandestins, Église Saint Bernard).
Celles-ci ont souvent pour but de trouver des solutions de compromis à des situations de conflits dont les acteurs impliqués ne peuvent pas sortir par eux-mêmes. Elle se présente comme une alternative à d'autres modes de règlement plus violents, comme la prison dans certains cas, elle repose sur une légitimité forte du médiateur au niveau des différents protagonistes.
La particularité de ce type de médiation c'est qu'elle est considérée comme une mission particulière, souvent très valorisante pour l'individu qui l'exerce ; différente ou complémentaire de la mission principale qui, elle, assure la légitimité du médiateur désigné, y compris dans sa fonction de médiateur. Dans ce cas la médiation n'est pas considéré comme une "profession" en tant que telle.
2 - Des pratiques institutionnelles, moins prestigieuses, touchant toujours à des situation de tension, comme les correspondants de nuit dans les quartiers, les agents d'ambiance dans nos transports en commun, les femmes médiatrices auprès de l'éducation nationale, etc.
Ces pratiques ont la particularité ces derniers temps de devenir des "professions" à part entière, la légitimité du "médiateur" reposant non sur un statut extérieur mais sur sa pratique elle même, et dans bien des cas sur le fait de sa proximité avec le groupe ciblé par les différentes institutions : l'âge, l'origine géographique, sociale, ethnique, etc. (utilisation des leaders, des grands frères, des mères au niveau d'une communauté).
3 - Ou dans des activités, elles aussi professionnalisées, qui ne sont pas obligatoirement de l'ordre de la gestion de conflits, comme les médiateurs du livre, les actions menées autour du théâtre, de la musique, de la culture en général et dont le but est de faciliter l'accès aux "oeuvres" de populations qui en sont éloignés. Dans ce domaine on se retrouve rapidement, quelque soit le nom, face à des pratiques qui sont celles de l'éducation populaire, de l'animation classique des origines, qu'elle soit à prétention sociale ou culturelle;
4 - Parfois ces termes n'ont pour fonction que d'habiller d'autres emplois traditionnels, comme le secrétariat par exemple, en lui donnant un petit air innovant qui fait toujours bien dans un dossier de financement.
III - Les ambiguïtés de l'utilisation de ces termes
Je ne développerai pas ici les fonctions qui me semble être très proche du domaine de l'animation, ni celles qui n'ont qu'un lointain rapport, à mes yeux avec la médiation, pour me concentrer sur la médiation en terme de gestion des tensions sociales.
Si l'on remonte à sa racine, le terme de médiation décrivait l'action de se mettre au milieu, de s'interposer entre deux belligérants, par extension il a été élargi aux conflits civils ou du travail, tout en gardant cette dimension de gestion de conflits.
Dans le cadre de cette définition, deux questions (qui ne sont pas exhaustives) me viennent à l'esprit :
- quels sont les fondements de la légitimité, donc de l'efficacité de la médiation;
- la médiation doit-elle être l'affaire de tous, ou de spécialistes ?
1 - La notion de légitimité.
La médiation suppose que le médiateur soit considéré comme légitime par l'ensemble des parties concernées qui gardent, en principe la liberté d'accepter ou non ses propositions, son interposition.
C'est donc un peu différent d'une démarche "d'arbitrage" où celui-ci est rendu par un tiers dont le statut supérieur permet d'imposer sa solution aux partis en présence.
La médiation suppose donc :
• que le médiateur soit "hors-conflit", qu'il ne représente pas l'un des protagonistes, sinon on devrait avoir affaire à une négociation pure;
• que les parties soit considérées comme égales en droit aux yeux du médiateur;
• qu'il soit crédible dans sa possibilité de contribuer à l'avancement des solutions dégagées par la médiation, ce qui revient à une question de statut et de pouvoir.
Le pré-requis de légitimité est généralement réalisé :
• Dans le cas d'une médiation institutionnelle :
- le mandat du médiateur repose sur une instance jugée supérieure à l'ensemble des parties en présence, comme celle d'un juge qui s'interpose entre la victime et le coupable identifié pour trouver une solution négociée à l'occasion de petits délits ou le médiateur de la République entre les administrations et les particuliers;
- dans ce cas le médiateur est perçu comme n'étant pas partie-prenante du conflit, il tire sa légitimité de sa neutralité supposée.
- on risque cependant de se trouver, dans ce cas, dans une situation d'arbitrage, plus que dans celle de médiation. Le juge ayant les moyens d'imposer sa solution si les parties sont réticentes, ou, en fonction de son statut, une solution encore plus désagréable pour l'une ou l'autre des parties; Le médiateur de la République, lui, n'en a pas toujours les moyens.
Ce type de médiation, plus souple, économiquement et socialement, que les dispositifs traditionnels, est appelé certainement à se développer si l'on ne veut pas sombrer dans le juridisme à l'américaine où le moindre conflit donne l'occasion à des procès interminables.
Il l'est souvent beaucoup moins :
Ce qui est le cas le plus fréquent à notre niveau :
• Dans une situation d'intervention descendante :
- lorsque l'on met en avant des jeunes (plus rarement des adultes) dans des situations de tension sociale aiguës au nom de leur proximité avec le "public à risque" les jeunes bien souvent, ou l'agresseur potentiel "l'autre", quelque-soit celui que l'on désigne derrière ce mot.
- et où le médiateur est mandaté par une institution pour calmer le jeu dans ces situations qui mettent en cause son propre fonctionnement. Dans ce cas le médiateur n'est pas considéré comme au dessus de la mêlée, mais comme le représentant d'un des protagonistes.
Le risque, à ce niveau, en caricaturant bien-sur, consisterait pour les institutions, les personnels classiques, la population elle-même, y compris les parents, parfois, de se débarrasser de leurs problèmes relationnels, par le sacrifice de quelques "victimes expiatoires" que l'on envoie au casse-pipes sans grandes garanties, en se donnant bonne conscience à cette occasion mais en ne leur accordant pas la légitimité nécessaire pour mener à bien leur mission.
Ce pourrait-être le cas, si l'on n'y prend pas garde, de certains "emplois jeunes" que l'on envoie au contact de populations pour le moins difficiles, alors que les professionnels chevronnés ne peuvent, ou ne veulent plus assumer ce risque.
La question se pose à ce stade en terme de statut, de dé finition de la mission, de formation, de reconnaissance interne à l'organisation et à ses personnels, et auprès des publics ciblés, en terme de travail dans la durée, de moyens dont il dispose pour modifier la situation à leur avantage, de statut, la proximité au niveau de l'âge ou de l'origine étant rarement suffisante pour assurer une légitimité.
En terme de statut : les jeunes recrutés dans ce cadre ne bénéficient pas, bien souvent,
- à l'interne, d'une fonction, d'un positionnement, qui leur permette d'être crédible au sein de l'organisation pour faire évoluer les pratiques, alerter sur des dysfonctionnements à l'origine des tensions, quand ils ne sont pas perçus par le reste du personnel comme des complices potentiels des "trublions". Pour asseoir cette légitimité interne il faudra un soutien très fort des différentes instances, une capacité supérieure d'adaptation des jeunes pour faire leurs preuves dans un contexte qui ne leur est pas obligatoirement favorable.
- à l'externe, en outre, si la politique mise en oeuvre, la mission confiée aux médiateurs, n'est qu'au service du bon fonctionnement de l'institution (action descendante), avant-tout palliative, sans apporter d'ouvertures aux autres parties en conflit, les "médiateurs risquent de perdre rapidement toute crédibilité (dans ce cas le "médiateur" risque très rapidement de passer pour un espion, un traître ou un vendu, ce qui risque de ne pas faciliter sa mission, même pour l'institution qui l'a mandaté).
Toute "médiation" suppose une prise en compte des différentes parties et que chacune ait l'impression d'avoir quelque chose à gagner dans un nouveau compromis.
Cette difficulté est encore plus importante si l'utilisation du terme de "médiation" ou de "médiateur" ne fait qu'habiller une mission avant tout répressive, ou de contrôle, non que la répression ou le contrôle ne soient pas légitimes, mais on ne gagne rien à ne pas être clair dans les mots que l'on utilise.
Par ailleurs ce type de fonction se doit d'être repensée dans la durée.
Si le fait d'être jeune peut faciliter le contact à court-terme avec des pairs, on ne reste pas jeune toute sa vie, et les jeunes ont par-ailleurs besoin d'adultes pour se construire. Pour la personne qui est recrutée sur ce type de poste il est donc important de réfléchir sur l'évolution de sa carrière.
Cette évolution doit reposer sur un plan de formation permettant au médiateur d'évoluer dans l'avenir dans cette fonction ou dans une autre.
1 - La médiation : métier ou fonction, affaire de spécialistes ou affaire de tous?
Au delà de ce problème de légitimité immédiate, l'institutionnalisation de la médiation, sa professionnalisation, sa spécialisation dans tous les domaines et dans tous les lieux de la vie quotidienne, transports, écoles, quartier, peut risquer de renforcer les processus qu'elle est sensée combatte.
En effet la situation deviendra encore plus inquiétante le jour où un enseignant ou un fonctionnaire ne sera plus capable de s'adresser à des jeunes ou des parents sans passer par un intermédiaire spécialisé dans ce domaine et ce public.
Il est donc important de repenser la "fonction" de médiation comme n'étant pas seulement l'apanage de quelques spécialistes, mais comme une fonction sociale indispensable, que chacun, dans le cadre de sa mission peut devoir assumer à un moment ou un autre.
Ce qui suppose, dans beaucoup de cas, que l'on ne réfléchisse pas uniquement, à l'occasion de la création d'un poste de "médiateur" en terme d'un profil de poste, mais aussi en terme de redéfinition du fonctionnement d'une institution, de ses services.
La création d'emplois jeunes, qui utilisent cette appellation, peut être pour nous, animateurs ou travailleurs sociaux, l'occasion, non de déléguer totalement cette fonction qui pour moi fait impérativement partie de nos métiers à un spécialiste de la chose, mais de repenser nos pratiques professionnelles dans un contexte de montée de l’exclusion et des tensions sociales qu’elle provoque.
La création d'emploi de "médiateur", au delà de la mode immédiate, ne pourra se pérenniser que si les nouveaux arrivants trouvent leur place dans des organisations ou la fonction de "médiation" est reconnue comme faisant partie de leur projet, et non comme un activité marginale confiée à quelques individus à statut précaire.

Ce texte a été écrit à l'occasion de la création des "emplois jeunes", mesure qui avait multiplié la nombre de postes portant ce type d'intitulé. Postes dont une grande partie est disparue avec la fin de la mesure.
Le gouvernement actuel proposant de relancer ce type de démarche, il serait intéressant de s'interroger sur sa pertinence et sur ce qu'elle peut bien signifier dans notre société actuelle.
I - Si l'on en croit quelques vieux dictionnaires
1 - Médiation :
Action de s'interposer
Entremise
Action d'un intermédiaire chargé de faciliter la communication, l'accord ou la compréhension (lexique des sciences sociales)
Entremise destinée à produire un accord, un arbitrage : offrir une médiation. Procédure du droit international public ou du droit du travail qui propose une solution aux parties en litige sans la leur imposer comme dans l’arbitrage. (Petit Larousse illustré)
Intervention visant à régler un différent , un conflit entre deux ou plusieurs parties; par ext. procédure de conciliation internationale ou administrative.
2 - Médiateur :
Intermédiaire, arbitre, conciliateur, négociateur.
Qui s’entremet pour amener un accord
Qui sert d’intermédiaire entre deux personnes, deux groupes, entre deux processus
Personne ou institution qui se charge d’une médiation : Médiateur de la république. : en France, autorité indépendante chargée de régler les différents entre l’Etat et les citoyens
II - La "Médiation", les "Médiateurs" sont à la mode
Tous les jours, dans la presse écrite ou à la télévision on nous présente des expériences diverses sous cette étiquette.
Comme beaucoup de mots utilisés dans le domaine de l'animation ou du développement social, le terme de médiation ou de médiateur recouvre de multiples réalités. À court terme, la nécessité de justifier la création de nouveaux postes, (emplois jeunes) tend à provoquer une utilisation abusive de celui-ci.
Les effets de mode viennent souvent brouiller les concepts et on ne sait plus trop qu'elle est la réalité qui se cache derrière ceux-ci.
En effet les mots de :
• médiateur pour désigner la personne;
• ou de médiation pour désigner la démarche;
sont donc utilisés pour décrire :
1 - Des pratiques très institutionnelles comme celle du Médiateur de la République, d'un juge dans une Maison de justice, d'une notabilité d'un prestige reconnu, désignée officiellement par les pouvoirs publics dans le cadre de conflits du travail (Air France), ou sociaux au sens plus général (régularisation des immigrés clandestins, Église Saint Bernard).
Celles-ci ont souvent pour but de trouver des solutions de compromis à des situations de conflits dont les acteurs impliqués ne peuvent pas sortir par eux-mêmes. Elle se présente comme une alternative à d'autres modes de règlement plus violents, comme la prison dans certains cas, elle repose sur une légitimité forte du médiateur au niveau des différents protagonistes.
La particularité de ce type de médiation c'est qu'elle est considérée comme une mission particulière, souvent très valorisante pour l'individu qui l'exerce ; différente ou complémentaire de la mission principale qui, elle, assure la légitimité du médiateur désigné, y compris dans sa fonction de médiateur. Dans ce cas la médiation n'est pas considéré comme une "profession" en tant que telle.
2 - Des pratiques institutionnelles, moins prestigieuses, touchant toujours à des situation de tension, comme les correspondants de nuit dans les quartiers, les agents d'ambiance dans nos transports en commun, les femmes médiatrices auprès de l'éducation nationale, etc.
Ces pratiques ont la particularité ces derniers temps de devenir des "professions" à part entière, la légitimité du "médiateur" reposant non sur un statut extérieur mais sur sa pratique elle même, et dans bien des cas sur le fait de sa proximité avec le groupe ciblé par les différentes institutions : l'âge, l'origine géographique, sociale, ethnique, etc. (utilisation des leaders, des grands frères, des mères au niveau d'une communauté).
3 - Ou dans des activités, elles aussi professionnalisées, qui ne sont pas obligatoirement de l'ordre de la gestion de conflits, comme les médiateurs du livre, les actions menées autour du théâtre, de la musique, de la culture en général et dont le but est de faciliter l'accès aux "oeuvres" de populations qui en sont éloignés. Dans ce domaine on se retrouve rapidement, quelque soit le nom, face à des pratiques qui sont celles de l'éducation populaire, de l'animation classique des origines, qu'elle soit à prétention sociale ou culturelle;
4 - Parfois ces termes n'ont pour fonction que d'habiller d'autres emplois traditionnels, comme le secrétariat par exemple, en lui donnant un petit air innovant qui fait toujours bien dans un dossier de financement.
III - Les ambiguïtés de l'utilisation de ces termes
Je ne développerai pas ici les fonctions qui me semble être très proche du domaine de l'animation, ni celles qui n'ont qu'un lointain rapport, à mes yeux avec la médiation, pour me concentrer sur la médiation en terme de gestion des tensions sociales.
Si l'on remonte à sa racine, le terme de médiation décrivait l'action de se mettre au milieu, de s'interposer entre deux belligérants, par extension il a été élargi aux conflits civils ou du travail, tout en gardant cette dimension de gestion de conflits.
Dans le cadre de cette définition, deux questions (qui ne sont pas exhaustives) me viennent à l'esprit :
- quels sont les fondements de la légitimité, donc de l'efficacité de la médiation;
- la médiation doit-elle être l'affaire de tous, ou de spécialistes ?
1 - La notion de légitimité.
La médiation suppose que le médiateur soit considéré comme légitime par l'ensemble des parties concernées qui gardent, en principe la liberté d'accepter ou non ses propositions, son interposition.
C'est donc un peu différent d'une démarche "d'arbitrage" où celui-ci est rendu par un tiers dont le statut supérieur permet d'imposer sa solution aux partis en présence.
La médiation suppose donc :
• que le médiateur soit "hors-conflit", qu'il ne représente pas l'un des protagonistes, sinon on devrait avoir affaire à une négociation pure;
• que les parties soit considérées comme égales en droit aux yeux du médiateur;
• qu'il soit crédible dans sa possibilité de contribuer à l'avancement des solutions dégagées par la médiation, ce qui revient à une question de statut et de pouvoir.
Le pré-requis de légitimité est généralement réalisé :
• Dans le cas d'une médiation institutionnelle :
- le mandat du médiateur repose sur une instance jugée supérieure à l'ensemble des parties en présence, comme celle d'un juge qui s'interpose entre la victime et le coupable identifié pour trouver une solution négociée à l'occasion de petits délits ou le médiateur de la République entre les administrations et les particuliers;
- dans ce cas le médiateur est perçu comme n'étant pas partie-prenante du conflit, il tire sa légitimité de sa neutralité supposée.
- on risque cependant de se trouver, dans ce cas, dans une situation d'arbitrage, plus que dans celle de médiation. Le juge ayant les moyens d'imposer sa solution si les parties sont réticentes, ou, en fonction de son statut, une solution encore plus désagréable pour l'une ou l'autre des parties; Le médiateur de la République, lui, n'en a pas toujours les moyens.
Ce type de médiation, plus souple, économiquement et socialement, que les dispositifs traditionnels, est appelé certainement à se développer si l'on ne veut pas sombrer dans le juridisme à l'américaine où le moindre conflit donne l'occasion à des procès interminables.
Il l'est souvent beaucoup moins :
Ce qui est le cas le plus fréquent à notre niveau :
• Dans une situation d'intervention descendante :
- lorsque l'on met en avant des jeunes (plus rarement des adultes) dans des situations de tension sociale aiguës au nom de leur proximité avec le "public à risque" les jeunes bien souvent, ou l'agresseur potentiel "l'autre", quelque-soit celui que l'on désigne derrière ce mot.
- et où le médiateur est mandaté par une institution pour calmer le jeu dans ces situations qui mettent en cause son propre fonctionnement. Dans ce cas le médiateur n'est pas considéré comme au dessus de la mêlée, mais comme le représentant d'un des protagonistes.
Le risque, à ce niveau, en caricaturant bien-sur, consisterait pour les institutions, les personnels classiques, la population elle-même, y compris les parents, parfois, de se débarrasser de leurs problèmes relationnels, par le sacrifice de quelques "victimes expiatoires" que l'on envoie au casse-pipes sans grandes garanties, en se donnant bonne conscience à cette occasion mais en ne leur accordant pas la légitimité nécessaire pour mener à bien leur mission.
Ce pourrait-être le cas, si l'on n'y prend pas garde, de certains "emplois jeunes" que l'on envoie au contact de populations pour le moins difficiles, alors que les professionnels chevronnés ne peuvent, ou ne veulent plus assumer ce risque.
La question se pose à ce stade en terme de statut, de dé finition de la mission, de formation, de reconnaissance interne à l'organisation et à ses personnels, et auprès des publics ciblés, en terme de travail dans la durée, de moyens dont il dispose pour modifier la situation à leur avantage, de statut, la proximité au niveau de l'âge ou de l'origine étant rarement suffisante pour assurer une légitimité.
En terme de statut : les jeunes recrutés dans ce cadre ne bénéficient pas, bien souvent,
- à l'interne, d'une fonction, d'un positionnement, qui leur permette d'être crédible au sein de l'organisation pour faire évoluer les pratiques, alerter sur des dysfonctionnements à l'origine des tensions, quand ils ne sont pas perçus par le reste du personnel comme des complices potentiels des "trublions". Pour asseoir cette légitimité interne il faudra un soutien très fort des différentes instances, une capacité supérieure d'adaptation des jeunes pour faire leurs preuves dans un contexte qui ne leur est pas obligatoirement favorable.
- à l'externe, en outre, si la politique mise en oeuvre, la mission confiée aux médiateurs, n'est qu'au service du bon fonctionnement de l'institution (action descendante), avant-tout palliative, sans apporter d'ouvertures aux autres parties en conflit, les "médiateurs risquent de perdre rapidement toute crédibilité (dans ce cas le "médiateur" risque très rapidement de passer pour un espion, un traître ou un vendu, ce qui risque de ne pas faciliter sa mission, même pour l'institution qui l'a mandaté).
Toute "médiation" suppose une prise en compte des différentes parties et que chacune ait l'impression d'avoir quelque chose à gagner dans un nouveau compromis.
Cette difficulté est encore plus importante si l'utilisation du terme de "médiation" ou de "médiateur" ne fait qu'habiller une mission avant tout répressive, ou de contrôle, non que la répression ou le contrôle ne soient pas légitimes, mais on ne gagne rien à ne pas être clair dans les mots que l'on utilise.
Par ailleurs ce type de fonction se doit d'être repensée dans la durée.
Si le fait d'être jeune peut faciliter le contact à court-terme avec des pairs, on ne reste pas jeune toute sa vie, et les jeunes ont par-ailleurs besoin d'adultes pour se construire. Pour la personne qui est recrutée sur ce type de poste il est donc important de réfléchir sur l'évolution de sa carrière.
Cette évolution doit reposer sur un plan de formation permettant au médiateur d'évoluer dans l'avenir dans cette fonction ou dans une autre.
1 - La médiation : métier ou fonction, affaire de spécialistes ou affaire de tous?
Au delà de ce problème de légitimité immédiate, l'institutionnalisation de la médiation, sa professionnalisation, sa spécialisation dans tous les domaines et dans tous les lieux de la vie quotidienne, transports, écoles, quartier, peut risquer de renforcer les processus qu'elle est sensée combatte.
En effet la situation deviendra encore plus inquiétante le jour où un enseignant ou un fonctionnaire ne sera plus capable de s'adresser à des jeunes ou des parents sans passer par un intermédiaire spécialisé dans ce domaine et ce public.
Il est donc important de repenser la "fonction" de médiation comme n'étant pas seulement l'apanage de quelques spécialistes, mais comme une fonction sociale indispensable, que chacun, dans le cadre de sa mission peut devoir assumer à un moment ou un autre.
Ce qui suppose, dans beaucoup de cas, que l'on ne réfléchisse pas uniquement, à l'occasion de la création d'un poste de "médiateur" en terme d'un profil de poste, mais aussi en terme de redéfinition du fonctionnement d'une institution, de ses services.
La création d'emplois jeunes, qui utilisent cette appellation, peut être pour nous, animateurs ou travailleurs sociaux, l'occasion, non de déléguer totalement cette fonction qui pour moi fait impérativement partie de nos métiers à un spécialiste de la chose, mais de repenser nos pratiques professionnelles dans un contexte de montée de l’exclusion et des tensions sociales qu’elle provoque.
La création d'emploi de "médiateur", au delà de la mode immédiate, ne pourra se pérenniser que si les nouveaux arrivants trouvent leur place dans des organisations ou la fonction de "médiation" est reconnue comme faisant partie de leur projet, et non comme un activité marginale confiée à quelques individus à statut précaire.

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