Diagnostic

Publié le par Daniel Auvertin

Animation, étude du milieu, diagnostic



Le terme d’animation, bien qu’un peu passé de mode au profit d’appellations plus exotiques, en particulier la terminologie du développement ou de la médiation, recouvre des interventions aussi diverses que contradictoires, dans leurs objectifs comme dans leurs motivations. Aussi ne pouvons-nous faire ici l’économie d’une tentative d’explicitation qui devrait permettre d’éviter des contresens.

Je ne m’attarderais pas, au sens du mot “animation” dans le langage commercial, dans celui du spectacle ou des noces et banquets, car, quand bien même les procédés utilisés pourraient avoir des points communs avec ceux que nous utilisons, l’animation d’un réseau de vente, celle d’un jeu télévisé, ou d’un mariage, diffèrent fondamentalement par leurs objectifs, de l’animation d’activités sociales ou socioculturelles (bien que certains prétendent le contraire).

L’animation pour moi, n’a pas pour seul, ni principal objectif, l’organisation des loisirs, ni même l’insertion sociale et professionnelle ou la prévention de la délinquance, mais elle doit :

- permettre à des groupes et aux individus qui les composent d’exprimer leurs aspiration;

- de les amener à réfléchir sur les données de leur condition et notamment sur les différents types d’aliénation qu’ils subissent, afin qu’ils puissent, au-delà des aliénations décelées, découvrir leurs besoins réels;

- d’inciter les groupes et les individus à projeter et à réaliser des actions susceptibles de satisfaire leurs besoins réels et d’élaborer parallèlement les structures nécessaires à la réalisation de ces actions;

- de faire évaluer et critiquer l’action engagée à tous les moments de sa réalisation, cette évaluation et cette critique permanente ramenant à la première phase de cette démarche.

Ainsi conçue, l’animation sociale ou socioculturelle, est une remise en cause permanente, un facteur essentiel de toute structure et de toute vie démocratique,  elle se fonde sur les valeurs permanentes qui constituent l’idéal de l'éducation populaire et de toute démocratie : foi en l’homme, souci de permettre à chacun l’épanouissement de sa personnalité, volonté permanente de justice sociale.

Si elle n'a pas pour but de rechercher le conflit, elle ne l'élude pas obligatoirement lorsque les individus ou les groupes sont confrontés à des situations "d'oppression"

La démarche, on le voit, n’est pas neutre, et, tout naturellement, elle esquisse le cadre dans lequel seront conduites les recherches, études, les enquêtes ou diagnostic destinés à parvenir à l’expression des aspirations collectives et individuelles, puis à la prise de conscience des besoins.

Elle peut rejoindre celle du développement local actuel dans la mesure ou celui-ci n'est pas qu'un paravent ou l'alibi de l'intervention descendante des institutions publiques:

"Le développement local pourrait être décrit comme une démarche de développement territorial global, incluant des aspects économiques, sociaux, culturels, politiques, favorisant le développement endogène, mobilisant l’ensemble des moyens humains et financiers qui y concourent et assurant leur convergence.

Processus fondé sur l’implication de tous les acteurs concernés (élus, acteurs économiques, associatifs et syndicaux) mais aussi, sur celle de la population, dans un souci de démocratie locale, il est construit sur la base d’un projet collectif de développement élaboré, mis en oeuvre et évalué à partir d’une analyse des besoins et en tirant parti au mieux des forces du territoire."

Conseil économique et social , "Développement local et politiques d’aménagement du territoire", 1998,  Rapport présenté par Jacqueline Mengin

Étude du milieu ou diagnostic ?

Le terme "étude du milieu" n'est plus, non plus, à la mode, il fleure bon les années 70 et depuis les années 80 on lui a bien souvent préféré celui de "diagnostic" qui a, pour les acteurs institutionnels, une aura de sérieux et de scientificité. Ce terme cependant à la fâcheuse tendance de renvoyer à la l'image du médecin intervenant sur des maladies et orientes donc la démarche sur les aspect jugés négatifs d'une situation, sans prendre en compte tous les éléments de celle-ci, en particulier la dimension positive, les atouts, les points forts qui permettront de mener à bien des projets partant des acteurs concernés eux-mêmes.

Entreprendre l’étude d’un milieu, dans cette perspective :  
 
• ce n’est pas viser à une connaissance de type encyclopédique ou universitaire de l’ensemble des caractéristiques physiques, historiques, économiques, sociales, politiques d’une portion de territoire

• il ne s’agit pas non plus de dresser un tableau statique de la situation, à un moment donné, d’une ville ou d’un quartier, d’une commune ou d’un pays;

• de trouver à coup sur les indicateurs d'un hypothétique "baromètre" permettant à un décideur d'intervenir "en temps et en heure" face à la montée de l'exclusion et des explosions sociales qui l'accompagne;

• Il s’agit de déceler, des tendances lourdes, des évolutions et leur sens à partir d’informations recueillie dans le présent pour pouvoir formuler des hypothèses de développement social, culturel, économique de la zone considérée (approche prospective).

Il s’agit donc de regrouper, en les cherchant là ou elles sont le maximum de données concernant la zone à étudier, données quantitatives ou qualitatives sur les faits, les opinions, les comportements, les attitudes des différents acteurs.

On pourra alors se risquer à formuler des hypothèses qu’il faudra ensuite s’appliquer à vérifier par des moyens aussi rigoureux et maîtrisés que possible.

L'étude du milieu

L'élaboration d'un projet, d'un programme d'actions doit donc reposer sur une connaissance suffisamment exhaustive de la situation locale en général. Le travail d'évaluation suppose également que l'on dispose d'informations larges et complètes. La réalisation d'une étude préalable, parfois appelée diagnostic initial, s'impose donc.

Cette étude générale du territoire devra être complétée le cas échéant par une étude plus pointue du public précis, ciblé dans le cadre de la politique à mettre en oeuvre (le choix de ce public peut être le résultat de l'étude du territoire et des priorités qui s'en dégage ou parfois d'un choix, ou plus simplement de la mission de l'organisme dans lequel vous intervenez ou de la politique que vous devez appliquer).

Pour les mêmes raisons elle sera  complété par une étude plus précises du/des domaines d'intervention (santé, logement, emploi, etc.).

Contenu de cette étude :

Celle-ci doit donner à vous même, dans un premier temps, à votre organisation, aux acteurs locaux des informations quantitatives et qualitatives sur les principaux aspects du territoire et de sa population.

Ces informations doivent être complétées par des interprétations et analyses, qui leur donnent du sens (en particulier, analyses en termes d'atouts/handicaps ou de points forts/points faibles), pour dégager au nom de l'organisation ou du réseau de partenaire un ensemble de priorité d'intervention et les traduire en plan d'action.

Si vous êtes stagiaire, professionnel en formation, ou nouvel arrivant sur un poste cette démarche s'avérera indispensable, pour vous-mêmes,  pour vous situer dans votre nouvel environnement en sachant où vous mettez les pieds, pour votre organisation pour éclairer ses décisions et puisse mettre en place des programmes pertinents d'intervention. Dans ce cadre le but de la démarche est de construire votre propre regard ou celui de l'organisation.

L'étude, diagnostic partenarial, partagé :

Si vous êtes un professionnels chevronné, inséré depuis un certain temps dans un territoire,  vous serez amené (fréquemment ?), du moins nous le souhaitons en terme d'efficacité et en fonction des valeurs fondant notre conception de l'animation, à participer non plus à un diagnostic individuel ou au profit de votre seule organisation mais à des démarches collectives impliquant tous les acteurs de celui-ci, y compris la population ou pour le moins, certains secteurs de celle-ci

La réalisation de ce type d'étude  n'implique pas obligatoirement l'intervention d'un bureau , d'un organisme indépendant des acteurs locaux, même si parfois ce genre d'appui peut apporter le recul nécessaire dans des situations de tension entre les acteurs locaux. Nous pensons que les acteurs locaux sont à même, avec parfois l'aide d'un soutien extérieur en terme de méthodologie, de mener à bien cette démarche.

La réalisation de cette étude préalable de manière concertée, partagée entre les partenaires locaux est même bien souvent un "plus" important dans la mobilisation du partenariat dès l'étape initiale.

Le cas échéant si vous faites appel à un organisme extérieur, un cahier des charges, établi si possible à la suite d'un travail local collectif, sera soumis à cet organisme.


Ses travaux devront de toute façon  être ré-appropriés localement, c'est la condition impérative d'un vrai partenariat, car on ne travail bien ensemble que si, au moins sur un certain nombre de points important on partage le même regard sur la réalité et sur les priorités d'intervention qui s'en dégagent.






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Publié dans Animation

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